Avec Quartet, Dustin Hoffman fait son cinéma
Par Céd. Cop.

L orsque Dustin Hoffman passe derrière la caméra, cela donne Quartet, une comédie à l’humour «  so british  », classe et finement interprété par une formidable troupe d’acteurs : Maggie Smith, Tom Courtenay, Billy Connolly ou Pauline Collins, tous parfaits dans la peau de chanteurs d’Opéra à la retraite. Une plongée dans la pension de Beecharn House, à déguster à l’heure du thé. Interview d’un jeune réalisateur.

« La fin du jour », vieux film français de Julien Duvivier raconte une histoire semblable à Quartet dans une maison de retraite pour comédiens. Pourquoi avoir choisi les musiciens et pensez-vous que cela aurait été différent avec des comédiens ?
Dustin Hoffman : Je ne connais pas ce film. J’ai par contre regardé pas mal de film avant de me lancer dans la réalisation de Quartet. Et celui qui m’a le plus inspiré est la Règle du jeu de Renoir, en raison de son unité de lieu et de temps. Je pensais que ça m’aiderait beaucoup sur ce point, mais c’est surtout un de ses entretien qui m’a marqué où il affirmait avoir commencé son film d’une manière très naturaliste pour glisser de manière très discrète, presque invisible vers un autre mode. J’ai tenté de retrouver ça dans ma démarche. Ensuite j’ai compris que pour faire un film, il ne faut pas essayer de tout savoir à l’avance… Sinon vous ne vous lancez jamais. Il faut conserver une part de mystère, accepter cette forme d’ignorance et se rendre compte que vous avez en permanence un coscénariste à vos côtés : le public. Ce dernier sera tout à fait apte à combler les espaces vides et ambigus que vous avez laissés derrière vous.

Pourquoi avoir choisi de faire ce film ?
Dustin Hoffman : Je n’ai pas choisi le script. On me la proposé. J’ai eu la malchance d’avoir eu du succès pendant 45 ans en tant qu’acteur et personne ne voulait donc miser sur moi de l’autre côté de la caméra. Le cinéma est un business, géré par des hommes d’affaires qui n’aiment pas les risques. Ils attendent toujours que vous ayez fait vos preuves. C’est en tournant à Londres qu’un de mes amis chef-opérateur m’a conseillé de passer à la réalisation et m’a donné le texte. Je l’ai lu dans l’avion du retour et j’ai été extrêmement ému. J’ai alors contacté la productrice, qui avait essuyé deux désistements de la part de metteurs en scène et qui en recherchait un autre. Je me suis alors proposé.

Comment est née cette histoire?
Dustin Hoffman : Là encore, je n’ai pas vraiment choisi. C’est Ronald Harwood qui a écrit à la fois la pièce de théâtre dont le film a été inspiré et aussi le scénario à la base du film et lui-même a eu l’idée de cette histoire en voyant le documentaire « Le baiser de la Tosca » qui raconte que Verdi rêvait de se construire une très belle maison dan les environ de Milan. Il l’a fait et aurait même déclaré qu’il était plus fier de cette maison que de tous les opéras qu’il a écrit. Il y a vécu et comme il s’intéressait au sort de tous ses artistes qui était un jour les stars de la Scala et se retrouvaient le lendemain sans le sou il a légué sa maison par testament pour que tous les chanteurs d’opéra nécessiteux puissent trouver refuge dans cette maison après sa mort. Ron a écrit cette histoire-là en la transposant en Angleterre car lui est anglais et lorsqu’il est venu à moi il avait déjà 3 de ses acteurs, qui faisaient partie intégrante de l’offre qui m’était faite. Il y en a un qui s’est désisté car il était souffrant et que j’ai remplacé par Billy Connolly. Pour la 2e actrice, j’avais toujours été choqué qu’en 45 ans de carrière on ne nous demande jamais qui on aimerait voir avec nous sur l’écran. Je ne me suis donc pas gêné et j’ai demandé à Maggie Smith quelle partenaire féminine elle voudrait avoir. C’est donc elle qui m’a proposé Madame Collins. Je l’ai trouvé tout de suite très intéressante.

Est ce que tout cela n’en fait pas un film finalement très british ?
Dustin Hoffman : Comme je viens de vous le dire, je n’ai choisi ni le lieu où se déroule l’histoire ni la nationalité des acteurs. Ça s’est fait comme ça Je n’avais pas d’apriori même si quand j’ai commencé à travailler aux Etats unis, étant jeune, on avait cette idée que les acteurs anglais étaient très différents de nous et pas aussi bons. On avait une sorte de gêne qui provenait de notre différence de culture car eux étaient tous formés par le moule de Shakespeare pour apprendre le jeu d’acteurs et nous en étions peut-être gênés car nous n’avions pas cette histoire et donc pas cette formation-là. On les croyait plus techniques à citer de longues tirades tandis que nous étions déjà sur du théâtre contemporain, plus apte au cinéma. Mais il y a aujourd’hui cette convergence qui fait qu’on est acteur et un acteur peu importe où il soit et ici en France, quand je vois Michel Piccoli, ou Les enfants du Paradis ou Marlène Dietrich, je vois bien qu’il y a une dimension universelle et que nous faisons tous le même travail avec un même rapport à L’Art que nous exerçons. Alors, maintenant certains me disent que c’est un film très européen ou très britannique. Mais moi je ne vois pas en quoi. On me dit que c’est parce qu’il n’y a pas d’action. Mais je m’inscrit en faux : il y a Billy Connolly qui pisse contre un arbre. Pour moi c’est de l’action…

Qu’avez vous découvert sur la mise en scène sur ce tournage et comment l’avez vous abordée ?
Dustin Hoffman : Je croyais tout savoir, n’avoir besoin de ne rien apprendre puisque j’étais persuadé et je le reste en tant qu’acteur, on se dirige soi-même. Et en plus on dirige nos partenaires. On est vraiment comme ces prisonniers qui se disent du coin de la bouche « fais gaffe, il ya le garde qui arrive ». On est un peu comme ça avec les réalisateurs. Même s’ils ne veulent pas l’entendre, c’est nous qui avons l’impression de diriger vraiment le film et donc il me semblait qu’en matière de direction d’acteur je n’avais plus rien à apprendre. Mais ce que je ne savais pas, c’était que les vrais comédiens, ce sont les réalisateurs et les producteurs. Ce sont eux qui jouent la comédie, qui détiennent les informations vitales pour le film et qui ne nous les donnent pas. Ils savent que les acteurs sont dans leur bulle, qu’ils arrivent le matin en se disant tient cette réplique je vais la dire comme ci ou comme ça. Eux ils arrivent avec un grand sourire à lors qu’à l’intérieur ils sont ravagés parce qu’ils savent que tel acteur malade ne viendra pas, ou que telle caméra indispensable pour un plan ne sera pas là, ou qu’il faudra changer un décor à la dernière minute. Ils gardent tout ça pour vous préserver et vous laisser dans votre bulle. C’est toute cette autre partie que j’ai découverte. Vous pouvez très bien préparer une guerre, tout prévoir, tout anticiper et puis rien ne se passe comme prévu le jour où la guerre démarre. C’est tout à fait le cas dans un film à petit budget mais c’est aussi ce qui fait que l’enjeu est intéressant. A un moment du film, il ya une petite fille qui joue du piano, et moi je voulais surtout que tout soit le plus spontané, le plus naturel possible. Il n’était pas question qu’on fasse de la post synchronisation… et donc j’avais demandé à ce que tout soit laissé intact et que le piano soit toujours accordé. Le problème c’est que la maison dans laquelle on tournait en semaine était louée le week-end pour des mariages. Notre petit budget ne permettait pas de louer complètement la maison durant tout le tournage. Tous les vendredi soir nous vidions la maison, décor compris, pour tout ramener le dimanche soir. Et ce pauvre piano était brinqueballé en permanence. Résultat au moment de tourner la scène avec la petite fille, ce fut un désastre, le piano sonnait absolument faux. J’étais totalement désespéré Et comme je ne voulais pas qu’on refasse ça en post production, j’ai réécrit le scénario. Il ne s’agissait plus d’une petite fille qui jouait bien mais d’une petite fille qui jouait sur un piano désaccordé…

Le film parle de musique mais aussi de la vieillesse. Que vouliez-vous transmettre sur cette question ?
Dustin Hoffman : J’ai vraiment besoin d’affect pour pouvoir m’intéresser à un projet. Je n’ai pas un rapport cérébral avec les choses. Je suis comme les enfants qui acceptent plus volontiers le côté irrationnel et passionnel de l’art. C’est comme cela que j’ai toujours approché mon métier. Quand j’étais en formation, je partageais un appartement avec plusieurs personnes de ma condition. Parmi eux, Robert Duvall et son frère qui se préparait à une carrière de chanteur d’opéra. Et avec lui je me suis rendu compte de la difficulté, du chemin qui était le leur et qui est incomparable au métier d’acteur. Et je crois que comme les danseurs classiques ou les sportifs de haut niveau, il faut un don qui vous permet d’atteindre ce niveau et vous ne pouvez l’atteindre que pendant une période brève. Ce sont des carrières dans lesquelles la date de péremption est extrêmement courte et vous êtes habité par cette passion qui est là avant que vous puissiez vous mettre à l’œuvre et qui soudain vous est retirée un jour. Un matin vous vous réveillez, vous avez déjà 35 ans, 40 ans 50 ans, vous vous réveillez un matin et elle n’est plus là. Ou plutôt, la passion est la mais votre capacité physique, votre don vous est retiré du jour au lendemain. C’est extrêmement cruel et pourtant la passion vous accompagne. C’était pour m’intéresser à cette passion-là et à cette guillotine terrible qui vous guette que j’ai voulu faire ce film.

Quand vous êtes dans la merde…
C’est par une blague que Dustin Hoffman a voulu conclure cet entretien. Pour cela il a même souhaité prendre, comme il le dit lui-même « un très mauvais accent français », digne des cartoons de Tex Avery mais malheureusement intraduisible à l’écrit…
C’est l’hiver dans un petit village français, un homme sort de chez lui et il voit sur le sol gelé un petit oiseau tombé. Donc il s’imagine qu’il est mort mais en s’approchant il voit qu’en fait il ne l’est pas mais qu’il est en train de geler. Il dit : « pauvre petit oiseau, j’aimerais beaucoup te ramener à la vie mais il se trouve que je dois encore aller travailler, je n’ai pas le temps de te réchauffer ». Donc il lève la tête et voit à distance une bouse de vache encore fumante. « Eureka, je sais ce que je vais faire, je vais te mettre au milieu de la bouse en te laissant la tête sortie comme ça moi je vais travailler et toi tu seras réchauffé et tu pourras t’envoler ». Il va travailler, deux heures passent, un renard qui passait par là entend la bouse siffler. Il se dit « tiens une bouse qui siffle », il s’approche de la bouse et il voit cet oiseau en pleine possession de ses moyens qui est sur le point de prendre son envol et lui ouvre ses mâchoires et n’en fait qu’une bouchée. La morale de cette histoire est en 3 volets :
Le premier est que celui qui vous met dans la merde n’est pas forcément votre ennemi.
Le 2e est celui qui vous sort de la merde n’est pas forcément votre ami.
Le 3e est celle que la réalisation m’a apprise, c’est que quand vous êtes dans la merde jusqu’au cou, surtout ne sifflez pas ! »


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