Cinéma : la renaissance de Charlot
Cinéma : la renaissance de Charlot
Par Michel Allione

S ous le patronage de l’Association Chaplin, en collaboration avec la cinémathèque de Bologne, le British Films Institute, Lobster et Blackhawk, Serge Bromberg (directeur de la collection DVD cinéma muet pour ARTE depuis 2000), a entamé, en 2001, « le Chaplin Project » qui consiste à restaurer l’intégralité des films de Charlie Chaplin de la période 1914 – 1917.  Après le premier volet sortit en 2011, « Chaplin, The Keystone Comedies – 1914 », Serge Bromberg nous présente le second volume « La naissance de Charlot ». Interview réalisée par Pauline Smile

 

Comment est né Charlot, le personnage fétiche de Chaplin ?

 

Charlie Chaplin, est né en 1889 à Londres, de parents travaillant dans le music-hall. Son père a connu une petite célébrité et a quitté le domicile familial. Sa mère eu d’importants problèmes psychiatriques et à 11 ans, la future star doit passer beaucoup de temps à s’occuper d’elle, ce qui l’empêche de  se consacrer entièrement à sa carrière. En 1898, il signe avec la troupe de music-hall « Eight Lancashire Lads » avant de rejoindre, en 1906 celle de « Fred Karno », spécialisée dans le style Vaudeville. On retrouve d’ailleurs ces années formatives de music-hall sur l’ensemble de la carrière de Chaplin. En 1910, la troupe Karno organise une tournée américaine et Chaplin part avec eux comme l’une des vedettes du spectacle. Ils vont donc sillonner les villes et c’est à Los Angeles qu’il se fait repérer par Marck Sennet, producteur de films comiques au sein de la Keystone Films Company. Il apparait pour la première fois à l’écran en 1914 avec « Making a living » (Pour gagner sa vie). Dès son second film « Kid Auto Races at Venise » (Charlot est content de lui), on le découvre sous le personnage de Charlot. Très vite, il devient scénariste et réalisateur et en un an, Chaplin apparait dans plus de trente-six films.  Chaplin quitte ensuite la Keystone pour la Essanay où il tourne quatorze films dont « The Tramp », avant de rejoindre la Mutual Film Corporation en 1916. Là, on lui propose ses propres studios, le « Lone Star Studio », l’indépendance créative et alors qu’il tournait auparavant un film par semaine, il en tourne un par mois. C’est dans ces douze comédies. On y retrouve « Easy Street » (Charlot policeman), « The immigrant » (L’émigrant). Pour Chaplin, ce sont ces années à la Mutual qui furent les plus heureuses de sa carrière et ses films les plus réussis qu’il n’ait jamais fait.

 

Comment avez-vous pu réunir l’ensemble des œuvres de Chaplin ?

 

En 1918, La Lone Star Corporation, société Mutual dédiée uniquement aux films de Chaplin, ferme et les droits sont vendus. Tous ses films sont mis aux enchères. Chaplin a la possibilité de les racheter à plusieurs reprises mais ne le fera pas.  D’autres lots, comme son assurance vie et les photos de promotion de ses films sont également vendus. Certains n’achètent que les photos et ceux qui détiennent les films, coupent un photogramme directement dans le négatif pour en extraire de nouveaux clichés. Par la suite Van Beuren rachète les négatifs et les mutile en apposant une bande noire dédiée au son, coupant ainsi la partie gauche des images. Il coupe aussi le début et la fin des bobines afin d’assembler les films sous forme de compilation de 2 ou 3 films intitulés « Festival Chaplin » ou « Chaplin Cavalcade ».

Par ailleurs, pour ce qui est des secrets de tournage, Chaplin, qui ne veut pas les dévoiler, rachète les chutes de ses films. Plus tard, lorsqu’il sera accusé de Maccarthisme par les américains, il quitte les Etats Unis et demande à son caméraman de détruire tout ce qu’il a laissé derrière lui, y compris ces fameuses bobines. Rollie Totheroh applique donc les ordres mais ces dernières seront finalement sauvées et atterriront  au British Films Institute, contre l’avis de Chaplin. C’est ainsi que les Rush des films de la Mutual ont été sauvegardés. En 1983, David Gill et Kevin Brownlow réussissent à convaincre la famille Chaplin de les laisser exploiter ces chutes afin de dévoiler les prouesses créatrices et la manière perfectionniste et persévérante de travailler, sans scripte, ni scénario, de Chaplin.

 

Comment fait-on pour restaurer un film ?

 

Restaurer les films de la Keystone (Premier volume de ce triptyque) et ceux de la Mutual, n’est pas pareil. Parce que la période Keystone, constitue les tout débuts de Chaplin, ses films ont eu un petit peu moins de succès et donc il fallait trouver une, deux ou trois copies de très très bonne qualité. Le problème de la Mutual était différent. Les films comme « Charlot fait une cure », « Charlot et le comte » etc. sont des films qui ont eu énormément de succès dès le départ. Il y a eu des centaines de copies, et des copies de ces copies, à chaque fois, elles étaient coupées, il y a eu des pellicules en 9 millimètre et demi, en 16 millimètres, en super 8… ce qui fait qu’on retrouve des milliers de copies pour chaque film, mais malheureusement, aucun des négatifs original n’a survécu jusqu’à maintenant. Une difficulté supplémentaire était cette différence de format de pellicule, qui, au fil du temps, accélérait la vitesse de projection et donnait cet aspect rapide qui n’était pas présent sur le négatif initial.  Nous voulions donc retrouver les copies de toute première génération de chaque négatif original, qui retiendrait la totalité du film et les meilleures, en termes de qualité d’images, étaient finalement les copies Van Beuren. Il faut savoir qu’à l’époque, pour effectuer une copie de film, il fallait le faire d’une pellicule à une autre, ce qui engendrait une perte qualitative d’environ vingt-cinq pourcent par rapport à l’original. Aussi, pour être certain d’avoir de quoi tirer pour ses films aux états unis et à l’export, Chaplin avait l’habitude de tourner avec 2 caméras et créait ainsi 2 négatifs originaux de même qualité : les négatifs A, dans une position idéale (c’est-à-dire face caméra), dédiés au marché américain, et les négatifs B, qui captent la scène de côté, dédiés aux pays étrangers. Au moment du montage, on avait donc deux films légèrement différents, du point de vue de l’angle de chaque caméra. Nous avons essayé de travailler le plus possible avec le négatif A afin de ne pas faire de « monstres ». Pour certains films, nous avons réussis mais parfois, nous savons que des plans y étaient présents, mais qu’ils n’existent plus aujourd’hui. Car si les scènes tournées étaient les mêmes, les montages entre la bibine A et la B pouvaient varier légèrement. Ces choix éditoriaux, nous les avons faits, selon les volontés de réalisateur de Chaplin, à l’époque.

 

Comment avez-vous pu reconstituer les intertitres, puisqu’ils avaient été retirés ?

 

En effet, on sait que les originaux possédaient en bas, l’inscription Chaplin Mutual. Mais lors des ressorties, les gens ont supprimés les cartons et les ont remplacés par leur marque ou plus souvent, par un petit dessin de Chaplin. On a donc récupéré toutes les copies possibles et on a recensé les cartons qui existent. Seulement quatre ont survécus sur tous les films Mutual. Néanmoins, nous y retrouvons leur aspect original avec le logo Chaplin Mutual en bas, le titre et le texte. Concernant les textes d’époque justement, nous avons retrouvé ceux que Chaplin envoyait au congrès, pour les copyrights, 15 jours avant leur sortie. Ce qui n’était pas forcément le texte qui apparaissait au final. Par exemple, il y avait rarement les guillemets alors qu’ils sont présents sur les cartons que nous avons récupérés. Des erreurs d’orthographe, de majuscule ou de minuscule pouvaient avoir lieu et puis souvent, au montage, Chaplin incluait de petits cartons avec des textes du genre « Oh là là l ! » qui ne sont pas présent sur les textes de copyrights puisqu’ils ont été faits après.

 

Pouvez-vous nous résumer en quelques mots, les étapes de travail de cette reconstitution, pour en arriver à découvrir les œuvres de Chaplin telles que nos grands-parents ont pu les voir ?

 

Pour chaque film, il y a d’abord eu toute l’étape d’inventaire des copies. Ensuite, chaque film a été réparé, traité, numérisé pour être ensuite comparé, complété, stabilisé et restauré image par image. Nous pouvons aujourd’hui les diffuser tels que Chaplin les avait imaginé, à la différence près que cette fois, ils le sont en format numérique. Ces films muets sont également accompagnés de bandes musicales qui ont été  sous deux formes : l’une propose une nouvelle version orchestrale, l’autre est une improvisation au piano seul.

 

Propos recueillis par Pauline Smile

 

Coffret DVD « La naissance de Charlot » Vol 2 (Arte Editions et Lobster – copyright LOBSTER FILMS). Sortie le 20 Novembre 2013. Soirée spéciale Chaplin le 29 Novembre 2013


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